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Je m’assimilais beaucoup à Po, dans Kung Fu Panda. C’est drôle, parce que Po est lui aussi adopté, mais à l’époque je ne mettais pas ce mot-là dessus.

Je voyais surtout quelqu’un arrivé un peu par hasard dans une histoire trop grande pour lui, choisi presque malgré lui.

Il essaie de faire sa place, de devenir le Guerrier Dragon, tout en cherchant d’où il vient et qui il peut devenir.

Je crois que cette identification rendait mon histoire plus légère, plus héroïque, plus facile à porter.

Je suis issue d’une adoption transraciale. J’ai grandi en Normandie, à la campagne, dans une famille blanche.

Pendant longtemps, je me suis pensée blanche, en revendiquant très fort le fait d’être normande. Pourtant, mon visage racontait autre chose aux yeux des autres.

Être adoptée et racisée, c’est parfois avancer entre plusieurs lectures de soi. Chez soi, les différences peuvent sembler secondaires. Dehors, elles existent.

Être perçue comme “asiatique”, être ramenée à une origine que je connaissais à peine, tout cela m’a longtemps tenue à distance de la Corée.

Je bloquais la langue, la culture, les images. J’imaginais que si j’avais été adoptée, c’était forcément parce qu’on ne pouvait pas m’élever.

Alors je me pensais chanceuse d’être en France. Quelque part, je crois que j’ai longtemps essayé d’être irréprochable. Comme s’il fallait mériter ma place. M’assimiler, ne pas trop déranger, mais avoir quand même “ce truc en plus” qui prouve que j’avais le droit d’être là.

On raconte souvent l’adoption comme une chance ou une évidence heureuse. Mais ce récit laisse parfois dans l’ombre ce qui précède la séparation : les pressions sociales, l’absence de soutien aux familles, les décisions prises sans réel consentement.

Dans mon cas, l’adoption plénière a aussi voulu dire la rupture des liens de filiation avec ma famille biologique. Un déracinement.

Mais ce qui est effacé dans les papiers ne disparaît pas forcément dans l’histoire d’une personne. ✨

Pendant longtemps, Yeosu a surtout été un mot. Le nom d’une ville de naissance inscrit dans un dossier d’adoption. Quelques images vues de loin, puis une syllabe glissée dans Atelier Yeo.

Après une traversée en bus à travers les montagnes et les villages, j’ai découvert Yeosu par fragments : le port, les quartiers résidentiels, les zones industrielles, la mer et les îles au loin.

Les premiers jours, je n’ai pas particulièrement aimé la ville. Il pleuvait, j’étais fatiguée et ces quelques jours étaient chargés émotionnellement, entre le retour dans ma ville de naissance et les premières rencontres qui entouraient ce séjour.

J’ai compris que j’avais peut-être attendu de Yeosu quelque chose de particulier, sans vraiment me l’avouer. Il m’a fallu accepter qu’elle ne m’apporterait pas forcément une sensation évidente, ni les réponses à des questions que je n’avais jamais formulées.

Puis la pression est redescendue. Peu à peu, j’ai cessé de regarder Yeosu uniquement à travers ce qu’elle représentait pour moi.
J’ai commencé à voir une ville habitée, travaillée, traversée et transformée chaque jour. À me sentir présente en elle, attentive aux habitants, aux paysages et aux détails du quotidien.

Finalement, je suis repartie avec l’impression de ne l’avoir qu’entrevue.
Mais Yeosu n’est plus seulement une ville inscrite dans un dossier. J’y ai retrouvé une partie de ma famille, et je sais désormais que je pourrai y revenir autrement. ☀️

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